Luc ROUSSELOT: les motivations de mon engagement

Enfant, quand nous jouions aux gendarmes et aux voleurs je voulais être gendarme. Quand nous jouions aux cowboys et aux indiens, je voulais être cowboy. Je voulais être du côté des bons et pas des méchants (le conditionnement du petit écran des années 70?). Je ne pense pas avoir été un enfant singulier sur le sujet.

A l’âge du collège, il était pour moi évident que lors de la deuxième guerre mondiale, j’aurai choisi la résistance au nazisme et la défense de la patrie républicaine.

A celui du lycée, je compris qu’entrer en résistance présentait des risques pour sa propre vie mais aussi pour celle de ceux qui nous sont chers. Je comprenais ceux qui avaient fait le dos rond. Mais s’il n’y avait pas eu de résistants, quel aurait été le cours de l’histoire et quelle aurait été notre société ? Quel que soit le prix à payer, il fallait réagir et résister pour que nos enfants puissent grandir dans une société libre et démocratique. D’autres questions me taraudaient : à partir de quel moment, une situation nous devient insupportable au point que nous entrions en résistance ? Jusqu’à quel niveau sommes-nous capables de supporter la compromission pour préserver notre bonheur personnel ? Confronté à des évènements comme celui de la seconde guerre mondiale et ceux qui l’ont précédé, quand serais-je entré en résistance ? Saurais-je identifier de tels évènements s’ils venaient à se produire, bien entendu, sous une forme différente ?

A vingt ans, j’étais persuadé que notre société évoluait positivement, que la gauche réformatrice qui était arrivée au pouvoir allait remettre de l’ordre, de la redistribution des richesses malgré les difficultés, que ces difficultés disparaitraient. J’étais persuadé que la construction de l’Europe serait la grande œuvre de notre génération et que nous verrions advenir une fois pour toute cette Europe fédérale synonyme de paix pour nos peuples. J’ai été adhérent du Parti Socialiste durant deux années, et plutôt déçu d’y voir des jeunes avec déjà chevillée au corps l’envie de faire carrière.

Je me suis éloigné de l’engagement politique, préférant m’occuper de ma propre vie. Je continuais tout de même de m’intéresser, de loin, en tant que citoyen, à la vie politique de mon pays, choisissant la gauche progressiste (elle n’était plus réformatrice) à la droite conservatrice.

Le 22 Avril 2002, élimination de Lionel JOSPIN et présence de Jean-Marie LEPEN au second tour, bien que synonyme de révolte n’a pas sonné comme le premier avertissement de la déliquescence de la gauche socialiste.  Juste l’occasion d’un énervement après ceux qui avaient favorisé l’éparpillement des voix de gauche.

En Mai 2005, toujours avec en tête la grande idée Européenne, j’ai voté pour le Traité Constitutionnel Européen, vilipendant les deux extrêmes qui s’étaient liguées contre l’Europe.

Puis ce fut 2007 et le choix réduit à Nicolas SARKOZY, bonimenteur sans scrupule de droite, et Ségolène ROYAL qui avait eu pour concurrents aux primaires du PS, Laurent FABIUS et Dominique STRAUSSKAHN.  Cette élection présidentielle et Nicolas SARKOZY président constituèrent un déclic. Pour moi, le Parti Socialiste, parti d’accompagnement, et ses dirigeants ne pouvaient plus être porteurs du progrès à gauche.

Le malaise indicible devenait également plus profond. De 1970 à nos jours, imperceptiblement, notre société a profondément changé. On ne peut pas dire qu’elle ait évolué vers le mieux être de ses citoyens. Comme dans les années 20 et 30, les crises se succèdent, le chômage et la misère se développent. Comme à cette époque, certains (malgré les oripeaux du commun dont ils se drapent) désignent à la vindicte populaire des bouc-émissaires pour mieux protéger les intérêts des possédants. Et bien sûr, certains des gens du peuple regardent la paille dans le regard de ceux qui vivent à leur hauteur plutôt que la poutre du regard des dominants qu’on leur cache. Le FN, front de la haine, est ce parti qui a prospéré sur la misère et le déclassement du peuple de notre nation.

A l’automne 2010, dans une émission de radio, un économiste, venu présenter son dernier livre met les mots sur ce malaise indicible, explique l’évolution de notre société durant ces trente dernières années. Le problème économique n’est pas cyclique. Cet économiste s’appelle Jacques GENEREUX et le titre de son livre est « la grande régression ». A la lecture du livre, je prends conscience de la dégradation qui s’est produite. Si nous continuons à laisser faire les gestionnaires du réel aux ordres des rapaces de la finance, le temps du fracas et des tempêtes arrivera inéluctablement. Il faut faire quelque chose. Il est plus que temps d’entrer en résistance pour que ce temps ne survienne pas. Le seuil d’acceptation des compromissions est atteint. La protection des êtres chers ne peut plus se concentrer sur le noyau familial. La bonne éducation ne sera pas suffisante pour permettre aux enfants de vivre correctement. Notre monde est en train de devenir invivable hormis pour une toute petite oligarchie. L’image même de ce monde est révoltante.

Comment entrer en résistance ? Où prendre parti ? L’écologie politique pouvait ouvrir un horizon pour une refondation de notre société. Hélas, les dirigeants d’EELV ont bradé leur idéal contre quelques mandats électoraux concédés par le Parti Socialiste.

Parallèlement, mes proches également à l’affut, commençaient à s’intéresser aux dires et écrits de celui que je considérai (image (colportée par les médias) comme un trublion politique. Mes proches m’assuraient qu’il avait la parole certes décapante mais généreuse. Il se trouvait également que Jacques GENEREUX est membre du parti qu’a cofondé le trublion.

Après  observation, lecture et visionnage (Internet est un outil important pour ceux qui veulent sortir des chemins tracés et des idées convenues du monde médiatique), le Front de Gauche et le Parti de Gauche étaient d’évidence le mouvement et le parti où entrer en résistance. Les élections présidentielles et législatives de 2012 ont été l’occasion de prendre parti et de rentrer en « militance ».

Nous ne pouvons plus nous satisfaire de notre monde. Les oligarques qui le dirigent nous mènent dans le mur. Nous devons les mettre hors circuit, prendre le pouvoir, car ce sont nos vies et celles de ceux qui nous sont chers qui sont concernées. Les profiteurs et les assistés sont les membres de cette oligarchie, pas ceux qui ont besoin de la solidarité de l’état pour survivre.

En quoi un mandat électoral local à Roquemaure, peut il permettre de changer notre société ? La résistance peut elle passer par une action locale ? C’est ce que je vous propose d’aborder dans un prochain article.

Luc Rousselot

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